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Interview

image1Elie Cohen, économiste, auteur de "Penser la crise" (avril 2010)


Entretien avec Elie Cohen, réalisé par Pierre Talbot.

En Essonne Réussir : Faut-il poursuivre la baisse de l’euro ?

Elie Cohen : Actuellement, trois zones se partagent la planète : l’Asie, la Chine et l’Inde, en plein boom économique, les USA, en sortie en crise, et l’Europe, globalement avec une croissance quasi nulle, sans moteur privé et se soutenant par des plans de relance. Mais, à y regarder de plus près, ces tendances divergentes, repérables à l’échelle macroéconomique, trouvent leur écho en zone euro. La situation de la Grèce n’est pas réglée et elle a jeté le doute dans l’esprit des marchés sur la capacité de l’UE à résorber ses déficits publics. A l’inverse, la politique d’austérité menée par la Hollande et l’Allemagne (depuis dix ans) paye. La zone euro peut s’en sortir si elle converge vers ce modèle pour retrouver de la compétitivité. Cela passe par un peu d’inflation (depuis un an l’euro est déjà passé de 1,60 à 1,30 dollar), de la déflation, une résorption des déficits publics et une baisse des salaires. Contrairement à ce que l’on entend généralement, la part, dans la valeur ajoutée, des revenus salariaux vis-à-vis de celle des marges bénéficiaires est restée stable depuis 1968. Et force est de constater que, situé à 33 euros, le taux horaire du travail français est le plus cher d’Europe. L’exemple de la Grande-Bretagne est parlant : sur la base d’une inflation de 30 %, le bond économique a été quasi immédiat. Mais en France l’opinion publique n’est pas prête à voir ses acquis sociaux reniés.

En Essonne Réussir : La fin de la zone euro est-elle envisageable ?

Elie Cohen : Pour la première fois depuis sa création, le scénario de l’éclatement de la zone euro a fait son apparition. Car après la Grèce – si elle ne parvient pas à se redresser dans les deux ans à venir, ce dont beaucoup doutent –, le Portugal, par exemple, risque ne pas faire face à ses obligations. Cela pourrait alors évoluer vers une fragmentation et la constitution d’une petite Europe – dont l’Allemagne, la France, la Hollande – pratiquant la rigueur et d’une grande Europe, soumise à un tsunami inflationniste. Pour l’heure, l’Europe est divisée entre deux grandes zones. D’une part, l’Allemagne et la Hollande : deux pays exportateurs, en grande partie vers l’Europe (60 % pour l’Allemagne). D’autre part, les autres pays, caractérisés par une faible industrialisation et une économie reposant sur la consommation et les services. Plus finement, les clivages entre les diverses réalités économiques des pays européens empêchent de conduire globalement, par exemple, une politique protectionniste. La seule voie pour la France est celle qui veille à restaurer notre compétitivité face à l’Allemagne : nous avons perdu 8 points en dix ans ! Mais pour cela, notre pays doit donner des gages aux marchés, en montrant qu’il est capable d’ajuster vertueusement sa politique économique et budgétaire.

En Essonne Réussir : Comment en est-on arrivé là ? Elie Cohen : C’est le sujet de mon dernier ouvrage*. La crise de 2007-2010 était attendue mais elle a surpris tout le monde dans son expression. J’ai cherché à savoir pourquoi et à apporter des réponses. Ce qui donne des constats assez inattendus, comme la défaillance de la théorie économique ou encore le fait qu’il faut que rien ne bouge pour que tout bouge… Au fond, une crise épisodique est préférable à la radicalité. Et, surtout, les Etats ne sont pas prêts à abandonner leur souveraineté !

* Penser la crise, éditions Fayard, avril 2010.

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