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Interview

image1Patrick Artus, membre du Conseil d’analyse économique


Patrick Artus, directeur des études et de la recherche économique de Natixis, et notamment membre du Conseil d’analyse économique, vient de publier un ouvrage intitulé "Globalisation : le pire est à venir". Il nous livre son opinion sur la crise que nous traversons.

Réussir en Essonne : Sur le fond, comment expliquez-vous cette crise financière et économique que nous traversons ? Patrick Artus : L’origine de la crise est claire. Il s’agit d’un arrêt de la hausse de l’endettement des ménages, et ce dans tous les pays (sauf exception comme le Japon et l’Allemagne), y compris dans ceux que l’on qualifie d’émergents. Il avait atteint un niveau intenable. Depuis une quinzaine d’année, le crédit soutient la croissance. Aujourd’hui les effets sont automatiques sur ce qu’il permet d’acheter principalement : l’immobilier et l’automobile. Par proximité, le ralentissement s’étend aujourd’hui jusqu’aux services. Heureusement en France, le taux de défaillance des remboursements des crédits reste pour l’instant faible (0,4%), alors qu’il atteint, par exemple, 7% aux USA. L’accroissement de la crise est en partie lié à l’angoisse. Les ménages ont tendance à privilégier l’épargne à la consommation.

Réussir en Essonne : Quels facteurs peuvent relancer la consommation ? Patrick Artus : Sur les marchés extérieurs, le potentiel est moindre. A l’échelle intercontinentale comme à celle de la zone euro ; il faut s’attendre à une nouvelle vague de délocalisation. Notamment parce que la demande en Europe s’affaiblit et que, d’autre part, les entreprises, dont les profits souffrent, seront tentées de jouer sur la baisse des salaires et donc d’aller produire hors de France. D’autant que le fret maritime vient de baisser de 90%. Ce dernier facteur pourrait être un atout pour nos exportations. Globalement, nous venons d’assister à un transfert de la dette privée sur la dette publique. Le principal ressort est là. Le report de l’épargne vers la dette publique va permettre via le programme de relance du gouvernement de stimuler l’activité. Le seul danger étant que les Etats surcompensent en gonflant exagérément leur déficit pour doper la croissance, ce qui se paie un jour. Conjuguée à ce très fort levier que constitue l’actuelle désinflation d’environ 4 points (et l’augmentation d’autant du pouvoir d’achat) la relance intérieure devrait permettre d’obtenir une croissance à peine négative. Ce qui reste positif, à court terme, en regard d’un chômage en augmentation mais compensé par le vieillissement des actifs.

Réussir en Essonne : Dans les mois à venir, quels sont les indices à surveiller ? Patrick Artus : En ce qui concerne les entreprises, l’investissement est primordial. A ce jour, il semble en panne même si le volume des prêts demeure constant malgré la hausse du crédit. Ce qui constitue un signe d’assainissement mais aussi forge la certitude que l’on ne retrouvera pas le même niveau d’avant la crise. Par exemple, le secteur du bâtiment qui va construire entre 320 000 et 330 000 logements ne retrouvera pas les 430 000 d’avant la crise. Le taux du chômage est également un indice sensible à la fois pour la dépense publique et la consommation. Enfin, d’un point de vue financier, la parité euro/dollar est cruciale. Une chute du dollar serait très problématique.

Propos recueillis par Pierre Talbot

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